Jing Chen – Traductrice Interprète français chinois – Article invité 05.2014

Bonjour,

Voici le 5ème article invité de traducteurs, avec un nouveau profil. Ce mois-ci, nous découvrons le travail d’une traductrice interprète de langue chinoise.

Nom : JING (CAMILLE) CHEN
Profession : TRADUCTRICE ET INTERPRÈTE
Langues de travail : FRANÇAIS, CHINOIS
Lieu de résidence et de travail : PARIS

Quels types de travaux réalisez-vous et qui sont vos clients ?
Je fais de la traduction littéraire de livres, de magazines, d’œuvres audiovisuelles et de tout autre type de publication qui exige une qualité d’écriture et rédactionnelle. Je propose également de l’interprétation simultanée ou consécutive.
Parmi mes clients, il y a des chaînes de télévision, des productions/post-productions de cinéma, des maisons d’édition et de grandes marques de luxe (mode et horlogerie). Je suis traductrice principale de la version chinoise de la Gazette Drouot. Je travaille également pour des institutions politiques et économiques françaises et chinoises.

Jing Chen - traduction français chinois
Décrivez-nous brièvement une journée de travail.
J’ai l’habitude de travailler la nuit, donc je me lève souvent assez tard et ne démarre ma journée que vers 11h voire midi. Je travaille l’après-midi puis la nuit jusqu’à 3h ou 4h. Mais en général, je fais quand même une pause de 19h à 23h. Quant aux missions d’interprétation, j’adapte mon emploi du temps à l’horaire demandé. Il m’arrive de faire nuit blanche pour assurer des missions-marathon de 5h à 23h.

Qu’aimez-vous dans votre profession ?
Les mots, la diversité et le rôle d’intermédiaire qu’un traducteur doit jouer. La traduction littéraire consiste à établir un dialogue entre l’auteur et le lecteur. Pour cela, le traducteur doit d’abord comprendre pleinement le sens du texte, puis l’adapter avec les mots justes dans la langue cible, en tenant compte du style de l’auteur. C’est plus une réécriture qu’une transformation de mots. C’est aussi une création, mais avec le sens du texte original comme contrainte. Pour cela, le traducteur doit être (au moins) aussi habile qu’un écrivain pour pouvoir jongler avec les mots. Il doit également avoir une connaissance digne d’un expert sur le sujet traité. C’est cela qui le différencie d’une personne bilingue.

Que n’aimez-vous pas ?
La méconnaissance et la sous-estimation du grand public sur ce métier. Beaucoup de gens pensent qu’il suffit de savoir parler deux langues pour faire de la traduction, sans parler de ceux qui se croient capables de « se débrouiller » avec un dictionnaire et Google Translation… Pourtant, la traduction est loin d’être une activité accessoire : à quoi sert de créer des légendes si le sens ne peut être transmis correctement ? En parlant de la légende, n’a-t-on pas oublié celle de la Tour Babel et la cause de son échec ?
À cause de cette méconnaissance, on trouve de nombreux « traducteurs » totalement incompétents dans le secteur, qui n’hésitent pas à casser les prix : il est dix fois plus rapide de faire du mot à mot ou de l’« à peu près » (avec FORCÉMENT de mauvais résultats émaillés de contre-sens et d’illisibilité).
Depuis ces dernières années, le marché de la traduction subit une sous-évolution aux niveaux de la qualité et du prix. Résultat : la profession est de moins en moins attirante pour les vrais talents et un cercle vicieux se forme…
Pour les combinaisons de langues comme le français et le chinois, il n’est pas évident d’avoir le « feedback » des lecteurs pour connaître la véritable qualité d’un texte, à la fois sur sa fidélité au sens original, et sur son écriture en chinois. Par exemple, dans la publicité d’une très grande marque française, «fortune» a été traduit par «未来» (future) et ça a été diffusé ainsi !
Dans une autre vidéo dont je devais réviser le texte des sous-titres, « Eh ! Hop… » a été traduit par « 街舞 » (hip hop) ! Un parc industriel est interprété comme « un groupe qui possède ses propres usines et laboratoires », « édito » (d’un magazine de produits de luxe) est traduit par « 社论 » (éditorial, terme avec une forte connotation politique en chinois)…
Il y a beaucoup de fautes de traduction et souvent, les clients (des français qui ne sont pas en mesure de contrôler le texte final, ou des chinois qui n’ont aucune idée sur le sens initial), ne le savent même pas.
Ce phénomène me révolte tellement qu’aujourd’hui, je refuse catégoriquement de faire la relecture ou la révision (il y a une différence entre les deux, mais c’est souvent confondu dans le métier). Je ne veux pas cautionner ces faux traducteurs en corrigeant leurs fautes. D’ailleurs, quand la qualité est aussi pitoyable, seule une nouvelle traduction peut sauver la mise.

Depuis quand exercez-vous ?
Depuis 2006.

Cette activité professionnelle correspond-elle à vos études initiales ?
Oui. J’ai été diplômée en langue et littérature françaises à l’Université de Pékin. En Chine, il faut 4 ans d’études pour obtenir le niveau Licence. Dans notre faculté, les deux premières années, on apprend le français, et les deux années suivantes, on travaille sur la traduction et la littérature française. Tout au long de la formation, la littérature chinoise reste obligatoire.
J’ai profité de mon parcours dans cette université prestigieuse pour suivre les cours d’autres facultés et j’ai obtenu une double Licence en Arts.
Par la suite, je suis arrivée en France pour continuer en Histoire de l’Art et j’ai obtenu un DEA à Paris I.
J’ai également fait un an de Communication interculturelle à l’INALCO, ce qui est très bénéfique pour mon travail.
En fait, la traduction correspond avant tout à ma passion pour la littérature et l’écriture. En plus, les projets dont je me charge actuellement me permettent de combiner mes deux centres d’intérêt : la littérature et l’art.

Quel est votre parcours professionnel ? Pourquoi êtes-vous devenue traductrice interprète ?
Au début, j’ai eu de la chance pour constituer une clientèle assez vite avec des projets réguliers, qui m’ont permis de me lancer pleinement dans ce secteur. Mon parcours est très riche, car j’ai une grande curiosité et j’aime travailler sur des projets de différents domaines.
Avant de me consacrer entièrement à la traduction, j’ai travaillé en parallèle comme pigiste pour des médias chinois. Mais au bout d’un moment, il fallait choisir, car ces deux métiers ne sont pas vraiment compatibles : un journaliste cherche à tout révéler, mais un traducteur doit garder la confidentialité. En outre, je n’avais plus le temps de faire, et surtout, de bien faire les deux activités. J’ai fini par choisir la traduction, car, ironiquement, je trouve ce métier plus neutre que le journalisme. Mais l’expérience de ce dernier m’est toujours bénéfique : c’était comme un entraînement en écriture et en recherche d’information.

La traduction est-elle votre unique activité professionnelle ?
Pas vraiment, j’ai arrêté le journalisme, mais je donne actuellement des cours de chinois dans des universités. Cela me permet de sortir la tête de l’eau de temps en temps : il faut dire que la traduction est un travail très solitaire et épuisant. En plus, j’aime partager mes connaissances linguistiques, et cela me motive aussi à réfléchir sur la création et l’évolution de la langue qui reflète et influence la culture, la façon de penser et les comportements d’un peuple.

Coordonnées de Jing (Camille) Chen :
. mail : muumie@pku.org.cn
. lien à son profil sur les réseaux sociaux :
Viadeo : http://www.viadeo.com/fr/profile/camille.chen
LinkedIn : http://www.linkedin.com/pub/jing-camille-chen/33/468/733

Merci Jing pour votre participation à la rubrique ARTICLES INVITÉS DE TRADUCTEURS !

Si vous souhaitez consulter les articles précédents :
Jolanta Olech – Traductrice polonais espagnol – Article invité 01.2014
Laure Schang – Traductrice anglais français – Article invité 02.2014
Mathilde Demarcy – Traductrice anglais.italien français – Article invité 03.2014
Bénédicte Deweerdt – Traductrice anglais.allemand français – Article invité 04.2014

Alexandra
Traduction et Interprétariat français/espagnol – espagnol/français.
Formation espagnol. Formation FLE (Français Langue Étrangère)

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6 réflexions sur “Jing Chen – Traductrice Interprète français chinois – Article invité 05.2014

  1. denisgentile dit :

    Il y a deux métiers pour lesquels je voue une admiration sans borne. L’un d’eux est celui d’interprète. Et j’ai eu l’occasion d’observer et de vérifier cette réponse de Jing Chen :  » le traducteur doit être (au moins) aussi habile qu’un écrivain pour pouvoir jongler avec les mots. Il doit également avoir une connaissance digne d’un expert sur le sujet traité. »
    C’est im-pre-ssio-nant, bravo à Jing Chen et tous ceux qui ont la chance, les compétences, la passion et le talent de l’exercer.
    L’autre métier ? C’est hors sujet ici 🙂

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  2. HISPAFRA dit :

    Merci Denis pour ton commentaire. Effectivement, la traduction et l’interprétariat sont très difficiles et requièrent certaines compétences !
    Vraiment hors sujet l’autre métier que tu admires ?!

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  3. denisgentile dit :

    Oui 🙂 Disons que j’admire les personnes qui pour exercer leur métier ont une grande culture et qui pour l’exercer ne l’étale pas comme de la confiture mais qui ont en un besoin crucial. Je ne veux pas le dire non plus car j’ai des projets d’articles et je préfère garder la surprise 🙂

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  4. Camille CHEN dit :

    Merci de vos commentaires. J’ai essayé de peser mes mots en répondant les questions d’Alexandra pour ne pas passer pour une prétentieuse. Mais après tout, quoi que les autres pensent, je signe et j’y tiens, car c’est avec le plus grande sincérité que j’ai écrit ces passages. Je pense que ceux qui exercent leur métier avec passion, avec ambition, avec une furieuse envie de le rendre mieux et avec la constante recherche de l’excellence me comprendront.
    Merci encore, Alexandra, de m’avoir proposé cet exercice!

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